Net positive : how courageous companies thrive by giving more than they take

Paul Polman, Andrew S. Winston, Harvard Business Review Press 2021

(Comment des entreprises courageuses prospèrent en donnant plus qu’elles ne prennent)

Découvert à l’occasion du séminaire en ligne “Oxford Economics of Mutuality Virtual Forum 2021 » ce témoignage de Paul Polman, grand patron pendant 10 ans de Unilever, une des plus importantes entreprises privées du monde, symbole pour beaucoup de ce capitalisme de consommation qui nous mène droit dans le mur, m’a bluffé !

De nombreux dirigeants orientent leur communication -et des actions- vers une définition de leur « raison d’être » et un renouveau de leur business model pour tenir compte des ‘externalités négatives’ de leur business mais je n’avais pas conscience de la profondeur des réflexions, , de la vision systémique, de l’ambition des challenges, de l’intelligence concrète et des résultats poursuivis et atteints par une multinationale des FMCG (Fast Moving Consumer Goods), non seulement au ‘scope 1’ (impacts directs) mais aussi au scope 2 (interlocuteurs directs) et 3 (l’ensemble de la société) ! 

Chapeau à Paul Polman, son Chief Sustainability Officer Andrew S. Winston et leurs équipes : si le monde ne sera peut-être pas sauvé -que- par des entrepreneurs, il ne peut l’être sans eux ? Il est donc possible pour toute entreprise de se donner des objectifs ‘régénératifs’ pour toutes et chacune de ses parties prenantes, y compris celles qui ne s’expriment pas directement (environnement, générations futures, oubliés de la société …) sans oublier les actionnaires (des humains eux aussi, qui ont droit aussi à recevoir plus que ce qu’ils ont donné).

Satisfaction plus personnelle : le sous-titre « Comment les entreprises courageuses réussissent en donnant plus que ce qu’elle prennent » est la conclusion directe de l’application du Value(s) Design et de la modélisation système d’une entreprise : le but d’une entreprise y apparaît comme la création de valeur pour chacune de ses parties prenantes.

Une entreprise ‘net positive’ est pour les auteurs :  «a business  that improves well-being for everyone its impacts and at all scales – every product, every operation, every region and country, and for every stakeholder, including employees, suppliers, communities, customers, and even future generations and the planet itself … It embraces purpose in the core of the company and create value from values”. “une entreprise qui améliore le bien-être de chaque personne impactée à toutes les échelles – chaque produit, chaque région et pays, chaque partie prenante y compris employés, fournisseurs, communautés, clients et même les futures générations et la planète elle-même … elle déploie sa raison d’être dans le cœur de l’entreprise et crée de la valeur à partir de valeurs ».

Fixer ce cap pour une entreprise n’est pas seulement une contrainte, mais une opportunité, un challenge, qui a effectivement permis à Unilever pendant les 10 ans de la direction de Paul Polman de rapporter plus à chacun (même les actionnaires ! Rassurez-vous …)

Suis-je juste sous le charme d’une communication de pros du marketing ? L’action des entreprises capitalistiques, mêmes réellement bienveillantes, est-il suffisant, voire souhaitable pour relever les chalenges qui se présentent à notre société ? Je laisse chaque lecteur s’en faire une idée. Je suis très optimiste : il y a des humains de bonne volonté partout, et chacun doit agir là où il est pour faire le bien qu’il peut autour de lui.

Le livre propose un ‘mode d’emploi’ pour la transformation d’une entreprise ‘net positive’, basé sur 5 principes :

  1. Endosser la responsabilité de ses impacts sur le monde, voulus ou non ;
  2. Se focaliser sur le long terme, en visant des résultats en tous temps ;
  3. Servir l’ensemble des parties prenantes et leurs besoins (pas tous en même temps) ;
  4. Privilégier la collaboration (y compris avec ONG, concurrents …) et les changements au-delà de l’entreprise ;
  5. Par conséquence, donner aux actionnaires de bons retours sur leurs investissements.

Quelques exemples :

  • Unilever, avec l’accord de ses actionnaires, ne publie plus de résultats trimestriels, ce qui libère des ressources pour la comptabilité extra-financière
  • La ‘raison d’être de Unilever “Make sustainable living commonplace” est dans la continuité du projet des fondateurs 140 ans auparavant « make celanliness comonplce and ease the work of women », et se concrétise dans les engagements du USLP – Unilever Sustainable Living Plan en 2010 : 
    • Améliorer la santé et le bien-être de plus d’1 milliard de personnes en 10 ans (1,3 bn atteints en 2020)
    • Réduire l’impact environnemental de 50% en 2030 (atteints en 2020 : 100% électricité renouvelable, -65% CO2 en production, usines zéro déchets, -49% d’eau)
    • Améliorer la subsistance de millions de personnes : fournisseurs, employés, femmes, minorités (en 2020 : 51% de managers femmes)
    • ce qui a aussi généré 1,2 Mds$ d’économies en 10 ans !
  • Unilever donne de grandes quantités de son savon Lifebuoy à l’Unicef pour réduire la mortalité infantile. Mais dans certaines zones, le facteur limitant est l’eau, qui manque même pour boire : cela a conduit sa R&D à mettre au point des savons qui nécessitent bien moins d’eau.
  • Les taxes sont présentées comme un dû : l’entreprise ‘net positive’ se doit de contribuer au paiement des infrastructures dont elle bénéficie, même -surtout- si elle considère que la productivité de ces services publics est faible. Les comptes de Unilever sont donc transparents et suivent les recommandations de l’OCED, et la ‘Head of tax’ de Unilever assure « être fière » de payer un montant raisonnable de taxes – et aussi éviter ainsi un risque réputationnel.
  • Même des sujets difficiles comme l’utilisation de l’huile de palme, énorme facteur de déforestation et d’exploitations agricoles industrielles, sont pris à bras le corps, avec 99,6% issus de forêts FSC, en tenant compte aussi du bien-être et de la survie des populations locales, et de la possibilité réelle de transformer des pans entiers d’économies nationales.
  • De nombreuses marques de Unilever a défini sa ‘raison d’être’ en termes de contributions aux 17 ODD Objectifs du Développement Durable de l’ONU, auxquel Paul Polman a été le seul patron de grande entreprise à contribuer.
  • Un prix interne réel est fixé pour le Carbone : 40€/tonne récoltés pour financer des projets d’éco-efficience, et de nombreux indicateurs de performance sont en place sur les flux et capitaux extra-financiers.

Les 275 pages de ce livre sont truffées de réflexions parmi les plus avancées sur comment une entreprise peut/doit faire le bien autour d’elle, et d’exemples mis en œuvre par Unilever et bien d’autres.

Pour suivre ces réflexions, un site est dédié au développement d’un monde ‘net positif’ : https://netpositive.world. Il propose un ‘auto-test’ dont les 25 questions résument fort bien les axes à développer pour que votre entreprise devienne ‘net positive’ :

https://netpositive.world/wp-content/uploads/2021/10/NP_Readiness-Assessment_converted.pdf

Vivement une traduction, et une utilisation de ces enseignements dans les écoles de management ! Pour ma part, je les intègre désormais, après ceux de « Economics of Mutuality » développés par Oxford University’s Saïd Business School à partir de l’exéprience de Mars Inc. dans le cours « Gouvernance et performance des entreprises » que je co-anime avec Hugues Poissonnier pour les étudiants en dernière année de Grenoble Ecole de Management.

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