Manifeste pour une science post-matérialiste

open sciencesNos lecteurs savent que le fondement du raisonnement Valeur(s) est l’approche systémique, formalisée par Jean-Louis Le Moigne dans son ouvrage fondateur « La théorie du système général« , dont l’introduction (pg 29 à 43) remet en cause le raisonnement cartésien en proposant un nouveau paradigme basé sur le contrepoint exact des 4 principes du « Discours de la Méthode » qui fondent la démarche scientifique.

Le ebook « à quoi ça sert ? » se termine par un chapitre sur « le sens de la vie » : la vie, à quoi ça sert ? Il n’est évidemment pas, au contraire des autres chapitres du ebook, basé sur une expérience professionnelle … il s’agit d’une tentative d’appliquer le raisonnement Valeur(s) et la modélisation système à « la vie », juste pour en tester l’universalité : ceci mène à une exploration de réflexions philosophiques et spirituelles tout à fait intéressante 😉

Une rencontre avec Valérie Seguin, co-fondatrice de l’école du sens (sic!) et auteur d’un récit enquête aux frontières de la mort « Les trois jours et demi après la mort de mon père » a permis de pousser ces réflexions sur le sens de la vie (aussi après la mort !) vers des domaines quasi ésotériques : une athée vit l’expérience troublante d’un contact avec son père décédé -athée aussi…

Valérie poursuit donc sa quête spirituelle, qui l’a menée en mai dernier à croiser des scientifiques -souvent controversés- qui sont sur la même trace : la science ne devrait pas ignorer des phénomènes juste parce qu’ils ne correspondent pas au ‘paradigme post-matérialiste’ aujourd’hui dominant ?! De Rupert Sheldrake, biochimiste père des « champs morphogénétiques« , à Gary Schwartz, médecin et psychologue connu pour ses recherches avec des médiums, des centaines de scientifiques du monde entier ont signé depuis 2014 le « Manifesto for a post-materialist science » (traduit en français en « Manifeste pour une science non-matérialiste« ).

Quelques-uns de ses fondements :

1. La vision du monde scientifique moderne repose en grande partie sur des postulats étroitement associés à la physique classique… 

4. Les méthodes scientifiques basées sur la philosophie matérialiste se sont avérées hautement fructueuses car elles ont permis une meilleure compréhension de la nature, …

7. Vers la fin du 19e siècle, les physiciens découvrirent des phénomènes qui ne pouvaient être expliqués par la physique classique. Cela mena au développement … de la physique appelée mécanique quantique (MQ). (qui) a remis en question les fondations matérielles du monde en montrant que les atomes et les particules subatomiques ne sont pas réellement des objets solides … (et) découvert que les particules observées et l’observateur—le physicien et la méthode utilisée pour l’observation—sont liés…

8. Des études en psychologie ont montré que l’activité mentale consciente peut affecter causalement le comportement…

10. Une activité mentale consciente peut être expérimentée durant un état de mort clinique induit par un arrêt cardiaque [EMI]…

14. Les théories matérialistes échouent à expliquer comment le cerveau pourrait générer l’esprit …

15. Selon le paradigme post-matérialiste: 
a) L’esprit représente un aspect de la réalité tout aussi primordial que le monde physique…
b) Il existe une interconnexion profonde entre l’esprit et le monde physique…

17. Le paradigme post-matérialiste … change fondamentalement la vision que nous avons de nous-mêmes, nous redonnant dignité et pouvoir en tant qu’êtres humains et en tant que scientifiques. Ce paradigme encourage des valeurs positives telles que la compassion, le respect et la paix. En mettant l’emphase sur la connexion intime entre nous-mêmes et la nature, le paradigme post-matérialiste promeut aussi la conscience environnementale et la préservation de notre biosphère…

Ces fondements rejoignent le nouveau paradigme ‘système’ proposé par Jean-Louis Le Moigne :

  • la « pertinence » où la connaissance est relative et non plus absolue comme pour Descartes : le point de vue et la subjectivité des observateurs doivent être pris en compte et modifient la connaissance de l’objet
  • la « téléologie » (relations buts / moyens) remplace le concept de causalité (relations causes / effets) de Descartes
  • le « globalisme » propose d’observer les relations de l’objet d’étude avec son environnement (qui sont ses finalités), plutôt que d’en étudier les composants : il en tire l’outil de « modélisation système »

Le raisonnement Valeur(s) permet d’appliquer les préceptes de Le Moigne dans une approche « post-matérialiste » :

  • on définit l’objet d’étude d’abord par ses finalités (à quoi ça sert ?), relations avec l’environnement participant à répondre aux besoins de ses parties prenantes (dont l’environnement naturel et humain).
  • ensuite on choisit la solution optimale (que suffit-il ?) pour répondre à ces finalités, en respectant leurs valeurs (subjectives),

Les scientifiques ayant signé ce Manifeste connaissent-ils les travaux de Le Moigne ? Et les méthodes Valeur(s) qui permettent de les mettre en oeuvre ?

6 commentaires



  1. En effet, la vie ne devrait pas avoir un sens « a priori ».
    Ce que j’ai compris du raisonnement système de Le Moigne : pour améliorer les choses, étudions leur but, défini par les relations qu’elles entretiennent avec leur environnement.
    Nous connaissons son efficacité sur bien des sujets.
    Alors j’ai essayé de l’appliquer à « la vie » : son but serait alors (s’il y en avait un ! et ce n’est pas un a priori) extérieur à elle-même ?
    C’est l’objet du dernier chapitre de l’ouvrage « A quoi ça sert ? ».
    https://www.amazon.fr/quoi-ça-sert-approche-création/dp/1537210947/ref=sr_1_fkmr0_1?ie=UTF8&qid=1474132438&sr=8-1-fkmr0&keywords=à+quoi+ça+sert+%3F+hemmer

    Et d’innombrables explorations philosophiques.
    J’ai retrouvé chez ces chercheurs « post-matérialistes » des conclusions similaires.
    Mais je comprends qu’on ne les partage pas 😉

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  2. Ha, Ha… ! Mais c’est que tu esquiverais ma question, pourtant toute simple, et si proche de ton fameux « à quoi ça sert ? »… Cette question c’est « Pourquoi faudrait-il que la vie ait un sens a priori, immanent, autre que celui que nous voulons bien lui donner, chacun dans notre coin ? »
    Peut-être parce qu’une réponse honnête serait tout simplement : « La vie doit avoir un sens, parce que j’en ai besoin… point. »
    Et tous ces para-scientistes de tous bord, pourquoi faut-il que leur soi-disant remise en question des théories du moment (qui ont naturellement vocation à être remises en cause, scientifiquement parlant) tout en s’abritant derrière un vernis de rationalité, tendent toutes à une seule et unique « démonstration » :
    Le créateur a organisé le monde avec une primauté de l’esprit sur la matière, et notre esprit (entendez « âme ») est éternel… Tous leurs arguments ne vont que dans cette seule et unique direction, avec pour finalité de les rassurer : non mon frère, mon père, ma soeur ne sont pas définitivement disparus, et moi non plus, je ne disparaîtrai pas…
    Voir les sites ou pages facebook édifiants de quelques uns de ces « chercheurs » para-scientifiques :
    Physique quantique et spiritualité sur Facebook : @physiquequantiques
    http://vivons-la-lumiere.blog4ever.com/
    http://www.conscience-et-eveil-spirituel.com/prophetie-des-andes.html
    http://www.espritsciencemetaphysiques.com/astrologie-azteque-decouvrez-quel-est-votre-signe-et-sa-signification.html#sthash.Cc1cSYbS.dpuf
    Quel lien avec une approche systémique des choses… je dois dire que la relation ne m’apparaît pas vraiment.
    Djemil

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  3. Question : As-tu demandé à Jean-Louis Le Moigne (qui est toujours actif, je crois) ce qu’il pense du Post-matérialisme et surtout de son Manifeste, avant de vouloir à tout prix les marier avec sa vision de la systémique ?

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  4. Enfin de la polémique…!
    Olaf, ta position est très ambigüe. On n’arrive pas à voir clairement si tu partages les croyances ou théories des post-matérialistes, en tout ou partie d’ailleurs (tu effectues une sélection non motivée parmi les points de leur manifeste, pouvant laisser penser que d’autres points seraient moins « oecuméniques ») ou si tu constates simplement une convergence ou communauté de postulats entre les tenants de cette vision et les systémiciens-globalistes, comme Le Moigne, et que tu proposerais à ces signataires de s’y référer, voire de l’intégrer à leur corpus (dogme ?) ?…
    Ceci étant, les points du manifeste que tu cites se présentent comme une suite d’inférences qui ne peuvent que très logiquement conduire à ce « changement de paradigme » que tu sembles appeler de tes voeux.
    Malheureusement, cette suite de points logiques soigneusement chaînés ne constitue pas du tout un raisonnement, mais plutôt un gloubi-boulga dans lequel on trouve pèle-mêle des constats, des assertions, des hypothèses, des lieux communs, des voeux pieux et quelques points fumeux…
    Pour un systémicien, tu fait preuve d’une grande négligence en ne situant pas ce « nouveau » courant de pensée dans son contexte historique et philosophique et tu négliges complètement de te poser la question clef du « A quoi ça sert ? » à propos de cette « nouvelle » façon de poser les choses ? Tu remarqueras que je met soigneusement des guillemets à l’adjectif « nouveau », parce qu’en réalité cette façon d’agréger des éléments hétéroclites comportant quelques évidences solides de façon à constituer une présomption de véracité, de solidité qui permet de faire discrètement passer les points plus litigieux. Quand tu parles de territoires quasi-ésotériques, tu mets le doigt dessus en prenant un recul prudent. Il s’agit bien d’ésotérisme et les Rosicruciens, pour prendre un exemple entre mille, n’ont jamais rien fait d’autre, ceci bien avant que l’on ne découvre les failles quantiques de la théorie de la relativité, elle-même ayant mis à mal la bonne vieille physique mécaniciste de Newton. Le fatras qui sert de pensée à ce groupe, parmi beaucoup d’autres du même genre, comme le Divin Design des anti-darwiniens néo-baptistes, a ceci de caractéristique du genre : pour attaquer la Science on fait systématiquement appel à des scientifiques, et pour attaquer l’Athéisme, on fait systématiquement appel à des athées. On rajoute une pincée de médium et on a la potion magique. La fonction sociale de ce type de croyance est pourtant limpide : les médiums gagnent leur vie à soigner l’angoisse de leurs contemporains, comme tous les clergés de toutes les religions…
    Je ne me donc livrerai pas à une attaque en règle de ce type d’agrégat, les post-matérialistes ont tout à fait le droit de se livrer à toutes les hypothèses qu’ils veulent, sur tous les sujets du monde, tout comme les Rosicruciens avaient (et ont encore, puisqu’ils en existe toujours…) toute légitimité à déduire des liens entre l’esprit créateur, le nombre d’or et les proportions des pyramides égyptiennes. A vrai dire, je m’en fous complètement. C’est juste que je n’accepte pas que l’on vienne me présenter comme La nouvelle Doxa ces amalgames approximatifs et déductions hâtives alors que je connais parfaitement, et toi aussi d’ailleurs, la mécanique humaine qui est à l’oeuvre dans ces tentatives récurrentes de rationalisation, car il ne s’agit que de cela, malgré les apparence d’un anti-rationalisme. A quoi sert tout ce fatras ? A essayer de faire diminuer notre angoisse face à d’une part l’infinité du monde physique, que nous sommes incapables, au sens strict du terme, d’appréhender, et d’autre part la finitude de notre vie, c’est-à dire notre mortalité, qui nous terrorise. Tout ce que racontent ces post-matérialistes, c’est juste une religion de plus, y compris avec ses règles morales : dignité, pouvoir, compassion, respect de l’environnement… la nouvelle RSE intégriste est arrivée !
    Pour ma part, construire un système de pensée qui « logiquement » donnerait enfin un sens à ma vie et sanctifierait des règles de conduite est une facilité que je me refuse. Tu te poses la question du Sens de la vie, mais la question que je te pose est « Pourquoi faudrait-il que la vie ait un sens ? » Je veux dire intrinsèquement, en dehors de celui que nous voulons bien lui donner, toi, moi et les autres ?
    Quant à contester la science, montrer ses limites et contester la vision omnisciente qu’en aurait certains ; c’est tout simplement;.. faire de la science. Parce que c’est bien ce qui reste d’essentiel, dans la pensée scientifique, le doute permanent et systématique, le contraire de la croyance, quoi…
    La somme de ce que nous connaissons collectivement à un moment donné de l’histoire cumulative de l’humanité peut être utilement représentée comme une sphère. Cette sphère est énormément plus grande que ce qu’elle était 100 ans auparavant, par exemple, et certainement bien plus petite de ce qu’elle sera 100 ans, voir 10 plus tard. Mais pour tout gain linéaire sur le diamètre de cette sphère, son interface avec l’inconnu, voire l’inconnaissable augment comme le carré de cette croissance. Quant au volume de nos connaissances, il sera toujours très proche de zéro, puisqu’il se compare à un infini…
    Le monde physique, qu’il soit constitué de matière, de champs, de cordes ou de vibrations est infini, dans l’espace et dans le temps. Et notre esprit n’est pas équipé pour visualiser vraiment cette infinitude.
    La vie humaine est limitée dans le temps et dans l’espace. Et nous n’arrivons pas à accepter cette finitude.
    Il faut bien faire avec ça, mais a-t-on besoin vraiment de nous raconter des histoires et de monter des théories plus fumeuses les unes que les autres à seule fin de calmer cette angoisse ? Ou de nous fabriquer des ersatz d’ubiquité avec nos smartphones ou des ersatz d’éternité avec les théories tout aussi fumeuses des trans-humanistes ?
    Ce n’est pas par hasard que je mets trans-humanisme et post-matérialisme dans le même sac, avec les religions. Elles ont la même finalité (téléologie) aspirent au même universalisme (alors que leur pertinence n’est que très relative) et se heurtent aux même dures réalités du monde (globalisme) que sont la finitude de notre vie dans un univers infini.
    Djemil
    PS : je n’ai rien contre les contes de fées et suis un très grand lecteur de science-fiction, mais de grâce, ne prenons pas nos vessies (croyances) pour des lanternes (vérités).

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    1. Merci Djémil d’engager une polémique, sur un article qui -comme tous les autres de ce blog- vise à « Mettre plus de Valeur(s) dans les entreprises, par des échanges sur les expériences, réflexions et méthodologies Valeur(s) ».

      Désolé si ma position paraît ambigüe. Je vais essayer de la formuler de façon simple : la mention de ce Manifeste dans V&M souligne que je partage au moins une partie de son fondement (les points repris), que je relie avec ce que j’ai compris de la systémique. Ceci pour montrer -comme pour les autres articles- que nous sommes très nombreux à rechercher un autre cadre de travail que le raisonnement cartésien, en formulant des propositions de méthodes et d’approches aussi variées que les contextes desquels elles sont issues.

      Le lien entre ce Manifeste (que je n’ai pas signé) et la théorie du système général est de mon fait : Le Moigne présente un « autre » raisonnement que le cartésien, dont je retrouve les points-clés dans certains points du Manifeste post-matérialiste. Je ne lis pas là une ‘attaque’ ou une ‘contestation’ de la science , ni même un anti-rationalisme ou une ’nouvelle doxe’? Plutôt justement (voir 1.) une affirmation que le domaine de la science ne devrait pas exclure de champ d’exploration. La science n’a-t’elle pas toujours progressé par l’exploration des limites des théories en place ?

      D’autres points (et travaux des signataires) sont nettement plus « ésotériques » en effet. Ce qui m’a fait les relier à l’expérience de Valérie Seguin : l’existence d’une vie après la mort me semble un de ces sujets ’tabous’ pour la science, alors que de nombreux médecins et scientifiques explorent cette hypothèse de façon ’scientifique’…

      Que des scientifiques revendiquent -comme tu le soulignes- de pouvoir « faire de la science » même sur des sujets « non matérialistes » me paraît sain ? Je ne suis pas épistémologiste, mais la science ne me paraît pas tenir du « doute permanent et systématique », mais plutôt -si j’ai compris Karl Popper- de permettre de « comprendre le monde par des théories engendrant des prédictions testables ». Ceci autorise des ‘sciences sociales’ et des sciences de la complexité, pourquoi pas l’étude scientifique de la télépathie ou des EMI- expériences de mort imminente ?

      Je partage ton avis sur l’utilité de la démarche du Manifeste : « essayer de faire diminuer notre angoisse face à d’une part l’infinité du monde …et d’autre part la finitude de notre vie ». Mais n’est-ce pas le but de toutes les démarches intellectuelles : scientifique ou spirituelle ? Et de ceux qui ont la chance de se suffire de l’action comme moteur : entrepreneurs, faiseurs …

      Tu écris : « construire un système de pensée qui « logiquement » donnerait enfin un sens à ma vie et sanctifierait des règles de conduite est une facilité que je me refuse » : pas moi ! Même si je me connais suffisamment de limites pour être certain de ne jamais y arriver. quoi de plus riche que d’y contribuer ? Et j’aimerais que l’approche système, rendue actionnable par le raisonnement Valeur(s), décliné en méthodes ‘locales’, contribuent à remettre du sens dans nos actions et nos vies ! Celui que nous y mettrons en effet : « Il n’est de valeur que d’hommes » écrivait Jean Bodin il y a bien longtemps.

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