Universités des Achats 2020 : « la raison d’être / le bon sens des Achats »

Le Conseil National des Achats organisait ce 7 décembre les Universités des Achats 2020 sous le titre « Raison d’être des achats ». le site internet de Décision Achats en présente une synthèse sous le titre « le (bon) sens des achats ».

Parmi les mots-clés au centre des débats sur ce « changement de métier des acheteurs » : création de valeur, écosystème, économie de l’usage, donner du sens, acheter de la valeur … Mots-clés omniprésents dans les pages de ce blog.

Avec cette crise, « les acheteurs ont gagné leurs lettres de noblesses ». Une preuve : aux côtés des directeurs Achats de Crédit Agricole, Total, Alstom, Orange, Arcelor Mittal, Legrand, Région Ile de France, la présence à cet événement de pas moins que la Ministre de l’Industrie Agnès Pannier-Runacher, de la Secrétaire d’Etat à l’ESS Olivia Grégoire et une intervention de la Présidente de la Région Ile de France Valérie Pécresse ! Qui eût dit il y a quelques années que les Achats seraient autant mis en avant ?

De ‘nouveaux’ critères viennent en effet alourdir la responsabilité des acheteurs : toujours les économies, mais aussi BFR, RSE, ESG, performances extra-financières, risques, bilan Carbone, délocalisation, life cycle costing, innovation (et sa protection), sécurisation des approvisionnements, mesures d’impacts environnemental et social, emploi local …

Enfin, ‘nouveaux’ … Nous travaillons ces thèmes depuis des années : intégré à la formation que j’anime dans le Master Achats PMTI de CentraleSupelec depuis 2011, comme dans celui de GEM depuis 2012. L’article de ce blog en 2012 « la création de valeur par les achats« , repris dans l’ouvrage « à quoi ça sert ? » met en évidence la ‘raison d’être’ des achats : créer de la valeur pour chacune de ses propres parties prenantes, donc directement pour la production et les fournisseurs (sic!) et indirectement pour les autres parties prenantes de l’entreprise : environnement, société, clients, actionnaires, etc. !

Création de valeur : laquelle ?

Dommage, la notion de ‘valeur’ choisie par la plupart des Directeurs Achats est la valeur ‘financière’ : économies, trésorerie, profit … Notre conception est plus étendue : Valeur(s) = utilité(s) / coût(s). Le profit n’est utile ‘que’ aux actionnaires … D’autres parties prenantes doivent être satisfaites : la nature, la société, le territoire, les acteurs de la production (sic !), les fournisseurs (re-sic !), l’Etat (p. ex. dans son rôle de redistribution), etc.

Dommage, malgré l’absence de Directeurs Financiers, certains dirigeants ont plaidé pour ‘financiariser’ ces ‘externalités’. Est-ce vraiment la seule et la meilleure façon pour que des Directions Générales prennent en compte l’impact de l’entreprise sur la nature et la société que de mettre en évidence combien ça va coûter de profit ?! Je ne pense pas. Vraiment, seul l’argent et le profit sont des points de repère valides pour piloter une entreprise ?!

Heureusement, les Directeurs RSE et DD présents ont élargi cette notion à son juste niveau : Valérie David, Directrice du Développement Durable de Eiffage relève « l’urgence absolue climatique » et son confrère Fabrice Bonnifet, directeur du développement durable de Bouygues et président du C3D propose une révolution : « Il faut que l’on arrête d’acheter ! » Conscient de l’effet de sa phrase sur l’auditoire, il ajoute :  » pour aller vers une économie de l’usage » .  » associée à l’économie circulaireéco-construire des solutions avec les fournisseurs  » … Mais conclut-il « il va falloir accepter que cela fasse gagner moins d’argent ». Ils sont rejoints par Nicolas Payer, CPO de Total : « acheter différemment pour que tout l’écosystème – l’entreprise et ses fournisseurs – … soient plus résilients« .

La Secrétaire d’Etat Olivia Grégoire soulignait d’ailleurs que la Directive Européenne en préparation sur la RFNP pour une comptabilité extra-financière, ainsi que la taxonomie européenne développée par et pour les investisseurs étaient à nos portes pour ‘obliger’ les Directions à manager ces externalités pour obtenir des financements ! D’où l’importance que les acteurs français participent à leur élaboration au niveau européen, afin d’éviter à nouveau de devoir appliquer des référentiels culturels américains ou chinois …

Quelle ‘vraie’ raison d’être pour les achats ?

Il est grand temps de mettre en évidence l’importance de définir et piloter la ‘raison d’être’ à chaque niveau : l’entreprise dans son ensemble, les Achats comme les autres fonctions, les produits/services offerts, … voire chaque décision de chaque acteur de l’entreprise !

Quelle est la ‘vraie’ raison d’être des achats ? Voilà un beau sujet de travail pour 2021 : au travail ! 🙂

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