Airbus veut mettre les cabines d’avions en kit : peut mieux faire ?

Airbus transposeL’Usine Nouvelle publie un article « le projet Transpose d’Airbus veut mettre les cabines d’avions en kit »  présentant un projet d’innovation radicale d’Airbus pour la conception des cabines d’avion qui « n’ont pas significativement changé depuis leur origine » !

Il était temps : de multiples projets pour des fabricants de sièges et autres équipementiers aéro ont donné l’opportunité d’appliquer le raisonnement Valeur(s). En voici un petit aperçu :

  • « à quoi ça sert ? » : l’équipement de la cabine accueille les passagers -en différents nombres et de différents gabarits- pour des vols -de différentes durées- pendant lesquelles ils souhaitent mener différentes activités : dormir, lire, travailler sur un ordinateur, discuter avec leurs voisins, se restaurer, regarder un film, se dégourdir les jambes … Il doit également permettre d’assurer leur sécurité, en cas de perturbations, voire de crash.  Il doit permettre au personnel de bord d’assurer le service. Et faciliter l’installation à bord et le débarquement, avec des bagages divers, etc.
  • « que suffit-il ? » : chaque passager choisissant sa place à l’avance, il est possible de savoir à l’avance les besoins de chacun : une solution d’aménagement ‘modulable’ semble une évidence : bravo à Airbus d’avoir brisé cette habitude !
  • « avec les parties prenantes » : comment faire autrement pour connaitre leurs besoins que d’impliquer les passagers actuels, ceux qui ne prennent pas l’avion, les personnels de bort et pilotes, les prestataires à l’aéroport,

Pourquoi les avionneurs offrent-ils depuis toujours une solution d’aménagement aussi statique, où les seules variations offertes sont la ‘classe’ et le choix hublot/couloir/centre ? Par habitude, et impression que la ‘customisation’ coûterait trop cher. Il est vrai que l’équipement d’avion ‘sur mesure’ est réservé aux plus richissimes, qui peuvent y installer une piscine ou un garage à Rolls …

On sait maintenant qu’il est possible de customiser un produit pour que chaque client ait une version unique, ET industrialiser sa fabrication pour réduire le surcoût au minimum même en grande série : c’est la ‘différentiation retardée‘, comme par exemple pour les voitures. Rappelons-nous que les premières voitures étaient construites sur mesure par un carrossier pour chaque client (riche). Puis que Henry Ford a eu le génie de standardiser la conception (« vous pouvez choisir la couleur que vous voulez du moment que c’est noir« ) pour en industrialiser la fabrication et vendre des voitures ‘low cost’ (Southwest Airlines et Dacia n’ont rien inventé !). Aujourd’hui, le design de votre voiturepeut être unique par sélection de variantes de carrosserie, moteur, accessoires, jusqu’à l’ajout de stickers individualisant le look. L’innovation technique est ici l’industrialisation de fabrication et pose de stickers qui tiennent des années.

Le succès des compagnies aériennes ‘low cost’ vient aussi d’avoir fait sauter des verrous d’habitudes. En n’attribuant pas de places à bord, le chargement / déchargement de chaque vol est accéléré : ceux qui veulent choisir se pressent, et les autres ont ce qui reste… Solution parfaite pour augmenter le temps en vol par rapport au parking, facteur de rentabilité majeur pour l’avion. Et ‘tasser’ les gens dans l’avion est tout à fait acceptable (tout cynisme mis à part !) pour les gens de plus faible moyens, qui peuvent enfin aller à la plage un week end en avion : ils arrivent à l’aéroport en transport en commun où ils sont déjà ‘tassés’ et vont se retrouver sur la plage ‘tassés’ de la même façon … Quand à attendre une ‘collation’ en vol, les 45 minutes de vol le permettent-elles ? Ils préféreront manger un sandwich à la plage, non ? Ceux qui en veulent malgré tout pourront en acheter aux stewards.

La déstandardisation s’avère un levier très efficace d’économie !

Mais on pourrait aller bien plus loin pour fluidifier le flux et/ou augmenter le chargement et/ou rendre de meilleurs services :

  • organiser les passagers dans l’ordre des places à bord AVANT, dans la salle d’embarquement,
  • installer les passagers dans une ‘cabine’ à côté de l’avion AVANT et échanger les cabines sur l’avion-porteur (Airbus semble avoir des idées de ce type ?) ferait gagner du temps et permettrait de ne pas séparer les flux de bagages et leurs passagers, source d’aléas et de surcoût
  • permettre aux passagers de choisir AVANT soit à la commande sur internet, soit en salle d’embarquement, un éventuel repas à bord, des journaux … permettrait de n’emporter que le nécessaire (le poids en vol est un facteur très dimensionnant du coût)
  • diminuer et poids et l’encombrement des sièges : Pourquoi les sièges d’avions doivent-ils être rembourrés de mousse ? Ikea a compris qu’une simple toile suffit pour le confort au bureau … à remplacer par une plaque dans le bas du dos, pour protéger le passager des genoux du suivant. Et les tablettes pour poser son plateau-repas ou son ordinateur sont-elles vraiment nécessaires sur chaque siège ? Combien sont utilisées ? Il suffirait de proposer un ‘plateau’ aux seuls passagers qui le souhaitent, à attacher à des ergots sur le siège. Idem pour le réceptacle à journaux (ou plutôt catalogues) : un filet suffit. Ultime optimisation : le ‘siège-debout’, où le passager n’est plus assis comme sur un fauteuil mais comme sur une selle de vélo. Gain radical de place, à réserver aux passagers souhaitant voler pour le coût minimum, sur des distance courtes (le projet est semble-t-il à l’étude chez Easyjet ?), en étant bien mieux assis que dans le métro (qui pourrait s’en inspirer …) !
  • améliorer les appuie-têtes pour mieux dormir : qui n’a pas expérimenté la frustration de l’appuie-tête pliant (bonne idée !) qui se remet en position sous le poids de la tête … Il suffit pourtant de positionner la charnière dans l’autre axe, vertical, ou de faire tourner un coussin ovale, ou de prévoir un appuie-tête sur le siège de devant ?
  • vendre aux clients le transport depuis chez eux jusqu’à leur destination, en incluant un service de navettes ou VTC, permettrait d’éviter le stress du retard de circulation, de connaitre à l’avance le chargement … voire de déposer le client plus près de l’avion ? Et améliorerait énormément le sort des chauffeurs, obligés aujourd’hui d’attendre parfois des heures les clients à l’aéroport …
  • laisser les avions se poser là où c’est facile, et amener les passagers en bus du terminal jusqu’à l’avion (solution existant … en cas d’aléas lorsqu’il n’y a plus de place de parking pour les avions aux terminaux) permettrait d’éviter aux passagers de marcher des centaines de mètres et de construire des couloirs en conséquence …

Vous le voyez, le monde aéroportuaire ne manque pas de pistes d’innovations 😉

 

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