Co-créer le monde nouveau, Marc Luyckx Ghisi

Marc Luyckx Ghisi est un original : belge, théologien et prêtre catholique ‘défroqué’, prospectiviste au Club de Rome pour Jacques Delors… Ses livres « Surgissement d’un nouveau monde » et  « Co-créer le monde nouveau » témoignent de la venue d’une nouvelle civilisation. Rien que ça. Et elle serait déjà en place, « l’ancienne » restant encore vivace : un paradigme « transmoderne » remplace celui de la « modernité » (qui remplaça la « pré-modernité » du Moyen-Âge) pour une nouvelle Renaissance, un « réenchantement du monde » comme le préface Ilya Prigogine.

Nos lecteurs ne seront pas surpris de retrouver parmi les références de cet auteur à la fois Rupert Sheldrake et ses champs morphogénétiques, Ilya Prigogine et la systémique des structures dissipatives, … mais aussi Peter Drucker et Willis Harman du Stanford Research Institute. Le livre édité en 2015 est d’ailleurs préfacé par François Lemarchand, Président et Fondateur de Nature et Découvertes, dont les valeurs écologiques et sociales sont représentatives d’une autre façon d’entreprendre.

Il rejoint Joël de Rosnay, autre prospectiviste de renom, qui présente lui aussi dans son dernier ouvrage « Je cherche à comprendre »  « l’hyperhumanisme »,  symbiose déjà présente (!) entre les hommes, rendue possible par les technologies de communication. Et avoue à cette occasion un retour vers la spiritualité !

Le prospectiviste démarre son ouvrage par un scénario entre 2020 et 2050, où le monde bascule grâce à un discours de la présidente chinoise … : femme et asiatique, elle lance un nouvel ordre mondial aux Nations Unies, basé sur le libre partage de la connaissance et les actifs immatériels), où l’humain est redevenu un atout, structuré comme le fut l’Union Européenne originale (pas seulement un ‘marché commun’ si peu enthousiasmant). Il voit dans l’Union Européenne une nouvelle forme de gouvernement ‘transmoderne’, basé non pas sur un Etat mais sur un accord de non-violence entre états : une première !

Les travaux de Marc Luyckx pour la Commission Européenne et le programme FAST de la DGXII sur les « Les Religions face à la science et la technologie » ont montré, plutôt que des différences entre des religions plus ou moins obscurantistes, de grandes similitudes d’ensemble -y compris avec l’humanisme athée- et des différences entre groupes pré-modernes / modernes / trans-modernes au sein de chacune, selon les valeurs à l’oeuvre :

Ces différents paradigmes traversent les religions et l’ensemble de la société, dont une part non-négligeable (20 à 30% selon les études) seraient d’ores et déjà entré dans la ‘trans-modernité’ … sans en avoir conscience, les effets en étant des tensions peu visibles. Nious changeons de société, passant du paradigme matérialiste de la société industrielle vers le paradigme des systèmes vivants qui réfléchissent de la société de la connaissance.

Marc Luyckx complète notre champ d’exploration en remontant très loin dans le temps : non content de fustiger Descartes et les Lumières, séparant le spirituel du rationnel, il remonte à l’origine de notre civilisation où la Bible aurait fait ‘disparaître’ les traces de la précédente civilisation -qui aurait prévalu depuis 5000 ans avant JC- en retournant ses symboles les plus sacrés : la femme, la fécondité, le serpent, l’arbre de la connaissance … y étaient fêtés et sont devenus tentation et péché … menant à une société totalement patriarcale où la violence et la compétition prévalent.

Il explore les signes de la fin de notre civilisation : sentiment de catastrophe imminente, fin des valeurs patriarcales, fin de l’objectivité réaliste et de la vérité rationnelle et impartiale , fin de la société industrielle, fin des institutions …

Mais l’avenir n’est pas écrit … en bon prospectiviste, il propose aussi bien un scénario ‘négatif’ que ‘positif’, et nous invite à élaborer une nouvelle théorie économique, ébauchée par Peter Drucker dans « Post capitalistic society » en 1992.

Les thèmes développés pour l’économie: Du commerce au partage ; Vers l’inclusion sociale ; Une éducation favorisant la créativité ; Nouveaux buts de la société ; Recentrage progressif sur l’humain … supposent les « organisation apprenantes » de Peter Senge, et des valeurs bien différentes.

Marc Luyckx voit advenir le retour des valeurs féminines et de la coopération, la fin de la société industrielle remplacée par l’économie de la connaissance post-capitaliste :

Valeurs capitalistes et industrielles

Société de la connaissance

1. Capital + industrie = Biens matériels

Connaissance = Bien immatériel

2. Commerce : « Ou le Beurre, ou l’argent du beurre ».

Échange et partage de la connaissance.

3. Rareté et exclusion

Abondance et inclusion.

4. Secret et propriété privée : exclusion

Disparition secret et propriété : la connaissance « fuit ».

5 Propriété aliénée des moyens de production : privée ou collective.

Propriété individuelle des moyens de production.

6. Progrès = croissance quantitative

Progrès = croissance qualitative.

7. Les choses vendues n’ont pas de valeur éthique

Toute information est liée à un sens éthique.

8. La stratégie générale est la Maîtrise et Domination (Patriarcale)

La stratégie générale est l’harmonie et la reconnexion au cosmos (?) Ou le contraire !

Il voit l’Europe « atelier politique trans-moderne » y jouer un rôle exemplaire, avec la possibilité d’une politique étrangère post-hégémonique, pour la défense, une politique agricole mondiale soutenable et juste, de nouveaux concepts de gouvernance, une politique économique durable et axée sur la créativité, un nouveau concept d’éducation …

Et un envoi dans l’humilité : « A l’entame de l’essai, j’avais annoncé que tout ce que j’allais écrire était déjà connu des lecteurs, du moins dans l’implicite du cœur de chacun. Il est temps de vérifier cette hypothèse. Si elle s’avère exacte, le livre n’est plus nécessaire. Il a rempli sa fonction de catalyseur.« 

Au boulot 😉

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